La conscience et la planète.
Combinons le modèle système/environnement avec le modèle traductif de Freud/Laplanche et nous disposons d’un très bon outil pour penser la situation actuelle en termes psychanalytiques mais aussi politiques.
Que tout rapport puisse se penser en termes de système et environnement a ceci d’intéressant qu’il n’y a pas de hiérarchie, mais réciprocité, faisant en sorte que les points de vue de l’un et de l’autre sont interchangeables. Je suis un système, mais tu peux me situer comme partie de ton environnement.
La terre est notre environnement mais elle est aussi un système hyper- complexe dont nous, humains, formons l’environnement.
Ne négligeons pas à présent le fait que, par définition, tout environnement est à la fois nécessaire et dangereux pour un système donné. Ceci devrait nous inciter à tenir des propos plus sobres, moins romantiques que ceux qu’on entend souvent, du genre: « Sauvons la planète ». Ce n’est pas la planète que nous devons sauver, c’est nous-mêmes et nous n’y arriverons que si nous comprenons bien la nature de nos rapports avec elle.
Nous faisons l’expérience que le système planétaire terrestre, en s’ajustant aux changements que nous avons apportés à nos rapports avec lui, peut nous détruire. Cela, sans la moindre intentionnalité, en faisant simplement ce que tout système fait: se maintenir comme système.
Mais alors, dira-t-on, le système « humain » lui aussi se maintient avant tout comme système. La collision et donc inevitable.
La réponse à cela et que système et environnement disposent pour leurs échanges de certains couplages structurels qui permettent de trouver des manières d’assurer leur survie à tous deux. De plus, un des deux systèmes, le nôtre , dispose d’une faculté permettant des ajustements rapides et précis : la conscience. Mais ici les choses se compliquent: c’est que la conscience humaine n’est pas une faculté objective. Elle est elle-même divisée en parties entretenant entre elles divers rapports du type système/environnement! Oui, cela rend le tout passablement compliqué, mais ne désespérons pas, puisque nous disposons aussi de certains savoirs sur ces rapports que nous pouvons appeler intra-systémiques.
Cependant, il nous faut tout de suite ajouter que ce que nous apprend la. psychanalyse sur ces rapports nous place devant des tâches exigeantes, difficiles et peut-être même impossibles à accomplir aussi pleinement qu’il le faudrait. Toutefois, ce n’est que par la prise en compte de forces qui s’agitent dans la psyché humaine, avec leurs effets contradictoires, conflictuels, que nous pouvons espérer éviter le pire. Car il s’agit de faire venir à la conscience ce qui nous pousse à contourner, nier ou rejeter les compromis nécessaires dans nos rapports avec la planète.
Il s’agit, en définitive, de permettre que la faculté précieuse à laquelle nous avons fait allusion, la conscience, de jouer son rôle dans le sens des intérêts communs de l’humanité et de la planète. (À suivre.)