Laplanche et le sexual désignifié

Il y a Laplanche, l’homme et Laplanche, l’oeuvre. L’homme aimait rester en contrôle de sa théorie, c’est normal. L’œuvre non seulement admet, mais demande à être élaborée et accorde à tous cette liberté à condition de lui rester “fidèlement infidèle”, comme Laplanche l’était envers Freud. Ce que je veux élaborer ici est une question de fond puisqu’elle concerne une de ses contributions originales: le concept de sexual.

Le sexual est produit par le refoulement; or le refoulé, c’est du désymbolisé, du désignifié. Il faut donc s’interroger sur cette appellation de sexual. Comme on sait, Laplanche a choisi ce terme en bonne tradition freudienne, par dérivation du langage commun, ici, de la sexualité. Le sexual, bien que désignifié, garde donc dans son nom quelque trace du sexuel dont il dérive.

Il faut s’interroger sur le statut de cette trace. Comment justifier qu’on lui donne un nom aussi qualifiant au lieu de la désigner par un simple X qui rendrait plus adéquatement compte de ce statut. C’est d’ailleurs ainsi qu’on désigne le contaminant dans le message énigmatique. Pourquoi donc cette appellation? Il faut faire ici appel à l’après-coup et au retour du refoulé qui, sur le chemin de ce retour, doit de quelque façon retrouver les marques laissées par l’opération refoulante. Rappelons que cette opération est en fait une traduction dont l ’échec partiel constitue le refoulement. Traduction, donc symbolisation/refoulement. Sur l’un de ses versants, l’opération comporte bien des signes qui pointent indirectement vers le fait qu’il y a eu refoulement. Quand le refoulé fait retour, il réinvestit ces marques, les excite et reprend grâce à elles des qualités sexuelles. Voir Freud citant Virgile à propos des fantômes dans l’Hadès qui reprennent vie s’ils boivent du sang. Cela rappelle aussi que l’énigmatique accompagne le message en clair. Ce qui conforte la psyché infantile qu’il y a là du “à traduire”.

Cela nous rappelle que de l’inconscient proprement dit nous ne pouvons saisir que son état de trace et que Freud a dit de cet inconscient qu’il est monotone et sans qualité. Cela signale aussi que tout ce qui est effectif psychiquement se passe aux frontières, sur les barrières de contact entre Ics et Pcs-Cs et que nous n’appréhendons l’Ics que du côté Pcs. Ce qui soulève de sérieuses questions sur l’utilité de l’hypothèse d’un inconscient enclavé

  • 28 Sep 2024