{"id":117,"date":"2024-08-30T14:08:33","date_gmt":"2024-08-30T18:08:33","guid":{"rendered":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/2024\/08\/30\/4-criteres\/"},"modified":"2024-08-30T14:08:50","modified_gmt":"2024-08-30T18:08:50","slug":"4-criteres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/2024\/08\/30\/4-criteres\/","title":{"rendered":"4- Crit\u00e8res"},"content":{"rendered":"\n<p>&#8212;<\/p>\n\n\n\n\n<p>date: 202405041209<\/p>\n\n\n\n\n<p>&#8212;<\/p>\n\n\n\n\n<p>Les questions par lesquelles j&rsquo;ai clos le dernier impromptu doivent, \u00e0 la r\u00e9flexion, \u00eatre formul\u00e9es autrement. Il ne s&rsquo;agit pas de savoir si telle ou telle version d&rsquo;un discours psychanalytique doit \u00eatre exclue. Il s&rsquo;agit plut\u00f4t de chercher quelles composantes de ces divers discours contribuent \u00e0 maintenir vivante, en mouvement, la recherche psychanalytique. On ne saurait donc exclure d&rsquo;avance quoi que ce soit, mais on peut cependant se donner un certain nombre de crit\u00e8res permettant de reconna\u00eetre une telle contribution. Ce qui pose n\u00e9cessairement une autre question: <em>Qu&rsquo;entendons-nous par  recherche psychanalytique<\/em> ? <\/p>\n\n\n\n\n<p>Nous entendons avant tout le fait que la psychanalyse, selon la d\u00e9finition qu&rsquo;en donnait Freud, est d&rsquo;abord un proc\u00e9d\u00e9 d&rsquo;investigation duquel d\u00e9coulent une m\u00e9thode th\u00e9rapeutique et un certain nombre de formulations th\u00e9oriques. On peut donc dire que la psychanalyse est par essence une d\u00e9marche d&rsquo;enqu\u00eate, de recherche ouverte sur l&rsquo;impr\u00e9vu. Pour jauger un discours se voulant psychanalytique, il s&rsquo;agit donc de v\u00e9rifier que ce discours s&rsquo;inscrit bien dans le <em>mouvement<\/em> d\u00e9sign\u00e9 par le mot psychanalyse. Une psychanalyse vivante remet et se remet en question, r\u00e9examine p\u00e9riodiquement et \u00e0 nouveaux frais ses concepts et ses th\u00e9ories. Non pour le plaisir de s&rsquo;autocontester, mais parce qu&rsquo;elle est cons\u00e9quente avec une de ses d\u00e9couvertes capitales: chaque nouvel acquis (th\u00e9orique, conceptuel, clinique), chaque nouveau progr\u00e8s dans l&rsquo;organisation de ce discours op\u00e8re du m\u00eame coup une nouvelle censure ^[ Freud, \u00ab\u00a0L&rsquo;inconscient\u00a0\u00bb, 1915].&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n<p>C&rsquo;est d\u00e8s <em>L&rsquo;Interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em> que Freud a observ\u00e9 ce fait particulier, mais il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 inscrit dans le mod\u00e8le de la \u00ab\u00a0lettre 52\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, selon lequel la traduction\/transcription avait pour revers un refoulement ^[cf. impromptu n\u00b0 2]. Si nous posons ce fait au principe de tout discours psychanalytique, alors cela demandera des tenants de chacun des discours existants qu&rsquo;ils se pr\u00eatent \u00e0 une recherche concernant ce que leur discours a n\u00e9cessairement refoul\u00e9. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un tel discours aurait pu refouler ? Par d\u00e9finition on ne peut le dire d&rsquo;avance ! Mais une approche est possible par laquelle en confrontant deux discours diff\u00e9rents on peut noter qu&rsquo;ils occultent chacun, sans n\u00e9cesssairement le vouloir,  quelque chose de l&rsquo;autre. Cela ne veut pas dire que ce quelque chose est toujours \u00e0 pr\u00e9server, mais ayant identifi\u00e9 l&rsquo;exclusion qu\u2019ils op\u00e8rent, on peut proc\u00e9der, en pleine lumi\u00e8re, \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation critique de ce dont il s&rsquo;agit et de ce que cela ouvre comme nouvelles r\u00e9flexions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n<p>Un autre crit\u00e8re important est celui de la compatibilit\u00e9. Les \u00e9nonc\u00e9s psychanalytiques doivent \u00eatre compatibles avec les axiomes de d\u00e9part ou alors ils doivent permettre de contester ouvertement ces derniers. Nous avons d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9 un de ces axiomes: la continuit\u00e9 psychique. Un autre axiome concerne une certaine \u00e9nerg\u00e9tique, ou, si l&rsquo;on veut, la compatibilit\u00e9 avec le principe d&rsquo;inertie et la loi d&rsquo;entropie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n<p>Par <em>principe d&rsquo;inertie<\/em>, on ne peut plus aujourd\u2019hui entendre ce que Freud appelait \u00ab\u00a0principe d&rsquo;inertie neuronale\u00a0\u00bb, ayant admis que nous ne travaillons pas du tout dans le domaine neurologique. N\u00e9anmoins, la notion d&rsquo;inertie nous est utile ne serait-ce que parce qu&rsquo;elle va de pair avec celle de continuit\u00e9 psychique. Reste que le mot \u00ab\u00a0inertie\u00a0\u00bb peut porter \u00e0 malentendu. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une inertie au sens de l&rsquo;insensibilit\u00e9 ou de la paralysie. Bien au contraire, la correspondance avec une acception possible de la continuit\u00e9 psychique laisse voir que la psych\u00e9, si elle pouvait dans un monde id\u00e9al rester \u00e0 l&rsquo;abri de tout stimulus, continuerait n\u00e9anmoins \u00e0 fonctionner. Cela est d&rsquo;ailleurs compatible avec ce que les neurosciences actuelles appellent le \u00ab\u00a0default mode\u00a0\u00bb du fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral, par lequel on d\u00e9signe une activit\u00e9 continue et spontan\u00e9e du cerveau en absence de toute sollicitation de l&rsquo;ext\u00e9rieur. Voil\u00e0 un possible substrat physiologique de la continuit\u00e9 psychique. Nous pouvons de plus rapprocher, voire assimiler le \u00ab\u00a0default mode\u00a0\u00bb au principe d&rsquo;inertie par le fait qu&rsquo;il d\u00e9signe un mouvement continu en l&rsquo;absence de toute influence externe. Nous verrons plus tard qu&rsquo;il y a ici une base int\u00e9ressante \u00e0 l&rsquo;introduction du concept de pulsion.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n<p>Fort bien! Mais pour rester fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;exigence de ne recourir qu&rsquo;\u00e0 des analogies vraies, il faut \u00e0 pr\u00e9sent nous demander si les termes \u00ab\u00a0inertie\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0continuit\u00e9\u00a0\u00bb que nous accolons au mot \u00ab\u00a0principe\u00a0\u00bb sont bien des analogies de cette sorte. Un examen plus minutieux sugg\u00e8re que non. Une raison qui s&rsquo;impose \u00e0 prime abord, c&rsquo;est que nous sommes en train de discuter de faits appartenant au domaine du vivant, donc \u00e0 ce qui lutte sans cesse pour se maintenir en vie en d\u00e9pit de la deuxi\u00e8me loi de la thermodynamique, la loi d&rsquo;entropie. Se maintenir en vie, c&rsquo;est lutter contre ce qui tend \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e9nerg\u00e9tique dans un syst\u00e8me donn\u00e9. Ce qui est s\u00fbr, c&rsquo;est que dans un lieu quel qu&rsquo;il soit un organisme vivant doit pouvoir \u00e9changer avec son environnement de mani\u00e8re \u00e0 renouveler constamment ses fronti\u00e8res ainsi que ses structures et m\u00e9canismes internes \u00e0 l&rsquo;encontre de la tendance in\u00e9luctable \u00e0 la d\u00e9sorganisation. Si donc continuit\u00e9 et inertie il y a, ces d\u00e9nominations ne d\u00e9signent qu&rsquo;une apparence. La continuit\u00e9 d&rsquo;une membrane cellulaire par exemple, est l&rsquo;effet apparemment tranquille d&rsquo;une myriade de r\u00e9actions biochimiques qui \u00e0 chaque instant travaillent \u00e0 la reconstituer. Cette profusion d&rsquo;\u00e9changes mol\u00e9culaires et ioniques sont autant d&rsquo;occasions pour des mutations, des processus s\u00e9lectifs, etc., qui induisent des changements, adaptatifs ou non, mais qui sont en tous cas des discontinuit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n\n<p>Continuit\u00e9 et inertie se situent donc du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;apparence; ce sont des construits imaginaires l\u00e0 o\u00f9 en r\u00e9alit\u00e9 r\u00e8gne le mouvement incessant qui n&rsquo;est ni rectiligne ni uniforme ^[Le principe du mouvement rectiligne uniforme est un autre nom pour le principe d&rsquo;inertie dans la physique classique.]. La m\u00e9taphore peut donc servir, mais elle peut aussi nous induire en erreur.<\/p>\n\n\n\n\n<p>\u00c0 bien y regarder on pourrait dire que Freud a d\u00e9couvert en fait des <em>discontinuit\u00e9s<\/em> et que la continuit\u00e9 n&rsquo;est pas au principe, mais est une construction apr\u00e8s coup, du c\u00f4t\u00e9 du moi, en r\u00e9action \u00e0 ce qui perturbe l&rsquo;appareil psychique. Il nous faut penser la r\u00e9alit\u00e9 psychique comme tout autre que cette construction, comme faite de constantes reformulations, reconstitutions, reprises actuelles, auxquelles on ne peut assigner ni une origine datable ni un destin pr\u00e9visible.<\/p>\n\n\n\n\n<p>On peut, bien s\u00fbr, dire comme Freud que le but de la vie c&rsquo;est la mort. Qui peut contester que c\u2019est le destin de tout organisme vivant? Mais, outre de confondre un destin avec un but, l&rsquo;erreur consiste \u00e0 se poser la question m\u00eame du but. Le croyant cherche un but et une raison \u00e0 sa vie sur terre; l&rsquo;ath\u00e9e Freud lui offre un but moins consolateur, mais il reste pris dans la logique du croyant qui est d&rsquo;assigner un but. Une autre voie serait de ne poser aucun but: le vivant appara\u00eet, s&rsquo;institue lui-m\u00eame (autopo\u00ef\u00e8se) et ne poursuit aucun but particulier sinon de continuer \u00e0 vivre \u2013 qui n&rsquo;est pas vraiment un but, mais une \u00ab\u00a0persistance dans l&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb (Spinoza). C&rsquo;est un de ces faits qui perturbe la tranquillit\u00e9 de l\u2019esprit. Celui-ci, dans son exercice quotidien, adh\u00e8re \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de causalit\u00e9, ayant l&rsquo;impression d&rsquo;avoir voulu ou caus\u00e9 ce qui arrive, ou d&rsquo;avoir subi la volont\u00e9 d&rsquo;autrui comme cause ext\u00e9rieure. Cette logique de causalit\u00e9 r\u00e9siste donc \u00e0 admettre des processus sans but, des m\u00e9canismes fonctionnant par le seul fait de pouvoir le faire,&nbsp; des rencontres au hasard d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments d\u00e9termin\u00e9s de multiples fa\u00e7ons, se pr\u00eatant ainsi \u00e0 des assemblages qui donnent lieu \u00e0 la complexit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n<p>Ce que Freud a d\u00e9crit comme <em>surd\u00e9termination<\/em> dans la composition du r\u00eave est de cet ordre. Le r\u00eave lui-m\u00eame, dans sa constitution, est sans but; c&rsquo;est seulement apr\u00e8s coup que le r\u00eaveur faisant retour sur son exp\u00e9rience onirique d\u00e9couvre \u00e9ventuellement que le r\u00eave a servi de couverture opportune, v\u00e9hiculant &#8211; tout en les lui masquant &#8211; des pens\u00e9es et des souhaits qu\u2019il ne pouvait admettre. Ces pens\u00e9es et souhaits r\u00e9sultent eux-m\u00eames de tissages qui recouvrent des processus sans but, mais qui seront remis au service d\u2019usages orient\u00e9s, sp\u00e9cifiques du plan que nous appellerons psychosocial.<\/p>\n\n\n\n\n<p>Personne n&rsquo;aime se concevoir comme le produit du hasard et la vie sociale a tout pour nous inviter \u00e0 valoriser notre pr\u00e9sence comme orient\u00e9e, alors m\u00eame qu&rsquo;observ\u00e9e d&rsquo;une distance suffisante, elle finit par ressembler \u00e0 un mouvement brownien de mol\u00e9cules.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n<p>\u00c0 la suite de Freud, il est possible d&rsquo;\u00e9voquer des motifs inconscients qui induisent \u00e0 croire avoir d\u00e9couvert le plan causal, mais cach\u00e9, et \u00e0 oublier que c&rsquo;est toujours le raisonnement posthume qui op\u00e8re dans l&rsquo;apr\u00e8s-coup&nbsp; cette attribution, et que rien ne justifie de nous d\u00e9tourner d&rsquo;une conception purement stochastique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n<p>Est-ce \u00e0 dire que le plan psychosocial serait sans valeur ? Non, puisque c&rsquo;est le plan o\u00f9 la valeur elle-m\u00eame appara\u00eet, dans la mesure o\u00f9 c&rsquo;est aussi le plan o\u00f9 il est possible de faire l&rsquo;\u00e9preuve de la douleur. Il n&rsquo;y a en effet de valeur qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aune de la douleur ou du d\u00e9plaisir que chacun peut causer \u00e0 l&rsquo;autre. Le principe de plaisir est donc, sur le plan psychosocial, pleinement pertinent, mais on voit aussit\u00f4t que la r\u00e9alit\u00e9 psychique elle-m\u00eame \u2014 ce qu&rsquo;on d\u00e9signe couramment par le mot inconscient\u2014 n&rsquo;op\u00e8re pas sur ce plan, mais au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n\n<p>Un autre crit\u00e8re d&rsquo;appartenance \u00e0 la psychanalyse se d\u00e9gage ainsi, soit la capacit\u00e9 de d\u00e9crire des faits et des \u00e9v\u00e9nements psychiques en tenant compte de la diff\u00e9rence qui passe entre le psychosocial soumis au principe de plaisir et son au-del\u00e0, le r\u00e9el psychique, qui est exempt de motifs et de buts, c&rsquo;est-\u00e0-dire de toute vis\u00e9e t\u00e9l\u00e9ologique. Pas plus que les faits biochimiques constitutifs du vivant, le r\u00e9el psychique ne poursuit aucune vis\u00e9e autre que de se maintenir tel \u00e0 l&rsquo;encontre de la loi d&rsquo;entropie. C&rsquo;est cela l&rsquo;\u00e9trang\u00e8ret\u00e9 de la d\u00e9couverte de la psychanalyse, d\u00e9couverte apparemment tardive (1920), mais qui r\u00e9trospectivement est d\u00e9celable en pointill\u00e9 d\u00e8s les premi\u00e8res formulations par Freud de ses observations cliniques de m\u00eame qu\u2019au dernier chapitre de <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em>, \u00e0 condition bien s\u00fbr d\u2019user de notre privil\u00e8ge de lecteurs r\u00e9trospectifs.<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212; date: 202405041209 &#8212; Les questions par lesquelles j&rsquo;ai clos le dernier impromptu doivent, \u00e0 la r\u00e9flexion, \u00eatre formul\u00e9es autrement. Il ne s&rsquo;agit pas de savoir si telle ou telle version d&rsquo;un discours psychanalytique doit \u00eatre exclue. 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