{"id":123,"date":"2024-08-30T14:14:16","date_gmt":"2024-08-30T18:14:16","guid":{"rendered":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/2024\/08\/30\/7-tissages\/"},"modified":"2024-08-30T14:14:38","modified_gmt":"2024-08-30T18:14:38","slug":"7-tissages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/2024\/08\/30\/7-tissages\/","title":{"rendered":"7- Tissages"},"content":{"rendered":"\n<p>&#8212;<\/p>\n\n\n\n\n<p>date: 202405050923<\/p>\n\n\n\n\n<p>&#8212;<\/p>\n\n\n\n\n<p>Une membrane, une barri\u00e8re de contact ou une surface peuvent ou bien \u00eatre imagin\u00e9es comme quelque chose de statique, d&rsquo;immobile, d&rsquo;inerte ou bien \u00eatre con\u00e7ues au plus pr\u00e8s du champ connexe d&rsquo;o\u00f9 elles sont d\u00e9riv\u00e9es. c&rsquo;est-\u00e0-dire comme des ensembles de processus vivants se formant \u00e0 chaque instant, se recomposant sans cesse pour contrer les effets de la tendance \u00e0 la d\u00e9sorganisation (entropie). Une telle conception concerne des syst\u00e8mes organis\u00e9s, ce qui en retour pose le probl\u00e8me de comment concevoir le refoul\u00e9 ou l&rsquo;inconscient puisque celui-ci serait non structur\u00e9. Comment imaginer \u2014 se donner une image \u2014 de ce qui n&rsquo;est pas structur\u00e9 ? Mouvements chaotiques de fragments insens\u00e9s, l&rsquo;inconscient au sens radical du terme ne se laisse pas repr\u00e9senter lui-m\u00eame sinon par son contraire, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme ce qui reste quand nous avons con\u00e7u une quelconque organisation.<\/p>\n\n\n\n\n<p>Une image int\u00e9ressante se pr\u00e9sente \u00e0 nous si, \u00e0 propos de ce qui est organis\u00e9, nous pensons \u00e0 un tissage sur les bords duquel pendent des fils nombreux de longueur diverse et ne se pr\u00eatant \u00e0 aucune forme, mais invitant n\u00e9anmoins \u00e0 tenter de les organiser, de les tresser ou tisser en continuit\u00e9 avec le tissu existant. Bien entendu cette image n&rsquo;est pas id\u00e9ale puisque ces fils sont quand m\u00eame minimalement organis\u00e9s \u00e9tant les extensions des fils de trame et des fils de cha\u00eene du tissu, mais elle offre, cette image, une approximation de l&rsquo;id\u00e9e de reste non traduit et elle laisse aussi entrevoir comment \u00e0 partir de n&rsquo;importe quel point du tissu, en suivant les fils de trame ou de cha\u00eene dans n&rsquo;importe quel sens, on peut arriver \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autre de ces terminaisons pendantes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n<p>Si nous poursuivons l&rsquo;image et que nous rempla\u00e7ons ces fils de coton ou de laine par des fils de cuivre par exemple on peut alors imaginer autant d&rsquo;antennes captant des signaux erratiques. Ces signaux parviennent au centre du tissu, mais ne se laissent pas facilement int\u00e9grer par celui-ci. De ces surfaces tiss\u00e9es d&rsquo;o\u00f9 pendent des antennes, il peut y en avoir plus d&rsquo;une formant une organisation psychique complexe qui se pr\u00e9sente comme un ensemble de feuillets dispos\u00e9s dans des configurations vari\u00e9es. Pensons ici aux feuillets endo- m\u00e9so- et ectodermiques des formations embryonnaires qui au cours du d\u00e9veloppement s&rsquo;assemblent, s&rsquo;entrecroisent en strates diverses pour finalement former l&rsquo;organisme mature. Cela est encore une m\u00e9taphore qui sert simplement \u00e0 montrer qu&rsquo;il est possible d&rsquo;user d&rsquo;analogies vraies qui respectent les axiomes de d\u00e9part. Dans le cas pr\u00e9sent nous pensons \u00e0 la continuit\u00e9 et \u00e0 la c\u00e9sure des barri\u00e8res de contact qui sont op\u00e9rantes tant dans la vie biologique stricte que dans la vie psychique.<\/p>\n\n\n\n\n<p>Parlant de vie psychique, nous postulons qu&rsquo;elle se passe au lieu m\u00eame des barri\u00e8res de contact. Ce faisant, nous op\u00e9rons un saut conceptuel important. Nous amor\u00e7ons ainsi un d\u00e9lestage encore plus important dans l&rsquo;esprit de Guillaume d&rsquo;Occam en nous passant non seulement des m\u00e9taphores spatiales classiques, mais aussi de la notion de structure en g\u00e9n\u00e9ral. Ce qui compte, ce sont les processus se d\u00e9roulant au point de rencontre entre l&rsquo;organis\u00e9 (\u00e9nergie li\u00e9e) et l&rsquo;inorganis\u00e9 (\u00e9nergie libre), l\u00e0 o\u00f9 se produisent des discordances, des incidents attirant l&rsquo;attention analytique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n<p>Soulignons que les feuillets de tissu organis\u00e9 dont nous avons fait mention peuvent \u00eatre de plusieurs \u00ab\u00a0couleurs\u00a0\u00bb \u2014 organisation mo\u00efque id\u00e9alisante ou alors s\u00e9v\u00e8re et rigide, culpabilisante, m\u00e9prisante, etc. Tout ce qu&rsquo;un vocabulaire psychologique peut nommer sans pourtant rien dire de comment se produit le changement, l&rsquo;\u00e9volution. Ces changements et \u00e9volutions en effet ne peuvent se produire qu&rsquo;en un point o\u00f9 se fait la rencontre entre le psychique et l&rsquo;actuel correspondant aux deux sortes d&rsquo;\u00e9nergies mentionn\u00e9es plus haut. Dans le travail clinique, c&rsquo;est le transfert qui conduira vers ce point o\u00f9 quelque chose de nouveau peut se produire, parfois imperceptiblement, d&rsquo;autres fois \u00e0 grand bruit. L&rsquo;important, c&rsquo;est que l&rsquo;analyste soit disponible, ou mieux semi-disponible pour \u00e0 la fois accueillir les manifestations de transfert et ne pas y r\u00e9pondre de la mani\u00e8re qui est attendue dans la vie courante. C&rsquo;est ce que suivant Jean-Fran\u00e7ois Liotard on peut appeler la passibilit\u00e9 de l&rsquo;analyste, sa capacit\u00e9 de se laisser atteindre tout en tenant bon sur sa position d&rsquo;analyste.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n<p>Avec la dimension du transfert, la psychanalyse se montre elle-m\u00eame comme un \u00eatre de surface ou de fronti\u00e8re, se produisant l\u00e0 ou se rencontrent le su et l&rsquo;insu, l&rsquo;organis\u00e9 et le chaotique, le symbolis\u00e9 et l&rsquo;actuel, l&rsquo;attente ordinaire et la r\u00e9ponse inattendue. Pour cela l&rsquo;analyste doit travailler \u00e0 se faire une sensibilit\u00e9, une disposition \u00e0 entendre et \u00e0 \u00e9prouver, soutenues par une \u00e9thique qui donne la pr\u00e9s\u00e9ance \u00e0 l&rsquo;autre dans les deux sens de ce mot: l&rsquo;autre personne et l&rsquo;autre chose en cette personne et en lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n\n<p>Je disais plus haut \u00ab\u00a0semi-disponibilit\u00e9\u00a0\u00bb. Je me r\u00e9f\u00e9rais \u00e0 ce que propose Hartmut Rosa pour qui cette semi-disponibilit\u00e9 est essentielle parce qu&rsquo;une totale disponibilit\u00e9 rendrait l&rsquo;analyste inop\u00e9rant parce qu&rsquo;inint\u00e9ressant. Dans notre fa\u00e7on de formuler les choses, une enti\u00e8re disponibilit\u00e9 abolirait l&rsquo;asym\u00e9trie, le gradient et l&rsquo;\u00e9nigme qui suscitent le transfert. Elle serait aussi une tentative absurde de supprimer la barri\u00e8re de contact, la cl\u00f4ture op\u00e9rationnelle qui, comme on l&rsquo;a vu, assure la possibilit\u00e9 d&rsquo;un \u00e9change v\u00e9ritable. En r\u00e9alit\u00e9 la totale disponibilit\u00e9 est impossible, mais le seul fait de la promettre ou de la faire miroiter aux yeux de l&rsquo;autre peut entra\u00eener, outre un malentendu, la destruction du dispositif analytique ou, dans la vie courante, l&rsquo;\u00e9limination des chances d&rsquo;une authentique relation. En abolissant la barri\u00e8re, on abolit aussi le contact !<\/p>\n\n\n\n\n<p>La semi-disponibilit\u00e9, au contraire, ne nie pas la possibilit\u00e9 du contact, mais celui-ci prend alors la forme que Rosa nomme \u00ab\u00a0r\u00e9sonance\u00a0\u00bb, un terme sur lequel nous aurons \u00e0 revenir. Notons pour le moment la convergence entre cette notion de semi-disponibilit\u00e9 et la situation anthropologique fondamentale. L&rsquo;adulte le plus d\u00e9vou\u00e9 envers l&rsquo;enfant \u2014 la m\u00e8re dans un \u00e9tat de pr\u00e9occupation maternelle primaire selon Winnicott \u2014 n&rsquo;est pas en fait enti\u00e8rement disponible; il ou elle a son propre domaine r\u00e9serv\u00e9, inconscient d&rsquo;o\u00f9 \u00e9manent \u00e0 son insu des effets en exc\u00e8s de ce qu&rsquo;il ou elle croit offrir \u00e0 l&rsquo;enfant. De m\u00eame, l&rsquo;analyste le plus attentif envers son patient ne peut \u00e9luder les interf\u00e9rences de son propre inconscient. Avant d&rsquo;appeler cela son \u00ab\u00a0contre-transfert\u00a0\u00bb, notons que l&rsquo;inconscient de l&rsquo;analyste est impliqu\u00e9 avant toute rencontre avec un patient dans son d\u00e9sir de pratiquer l&rsquo;analyse, dans son offre pr\u00e9alable \u00e0 toute demande. Le dispositif analytique lui sert de prototype, de forme pr\u00e9sentable de cette offre et du d\u00e9sir qui la sous-tend, mais ce n&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;un cadre dans lequel se jouera une partie que Freud lui-m\u00eame a compar\u00e9e au jeu d&rsquo;\u00e9checs. Dans ce jeu, l&rsquo;\u00e9chiquier, les pi\u00e8ces et les coups d&rsquo;ouverture sont bien codifi\u00e9s, mais on dit qu&rsquo;une fois la partie commenc\u00e9e, il y aura autant de mouvements possibles qu&rsquo;il y a d&rsquo;atomes dans l&rsquo;univers. Dans le jeu qu&rsquo;est l&rsquo;analyse, vu les possibilit\u00e9s en grand nombre, l&rsquo;inconscient de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre aura maintes occasions de se manifester. Le transfert viendra essayer de fixer des r\u00e8gles, de proposer des formes plus ou moins stables, mais, comme on sait, il est lui-m\u00eame de deux sortes: transfert en plein \u2014 r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame\u2014 et transfert en creux \u2014 r\u00e9p\u00e9tition de ce qui n&rsquo;a pas eu lieu.<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212; date: 202405050923 &#8212; Une membrane, une barri\u00e8re de contact ou une surface peuvent ou bien \u00eatre imagin\u00e9es comme quelque chose de statique, d&rsquo;immobile, d&rsquo;inerte ou bien \u00eatre con\u00e7ues au plus pr\u00e8s du champ connexe d&rsquo;o\u00f9 elles sont d\u00e9riv\u00e9es. c&rsquo;est-\u00e0-dire comme des ensembles de processus vivants se formant \u00e0 chaque&#46;&#46;&#46;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[],"class_list":["post-123","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-impromptus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/123","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=123"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/123\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":124,"href":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/123\/revisions\/124"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=123"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=123"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=123"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}