{"id":125,"date":"2024-08-30T14:15:26","date_gmt":"2024-08-30T18:15:26","guid":{"rendered":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/2024\/08\/30\/8-traces-et-repetition\/"},"modified":"2024-08-30T14:15:33","modified_gmt":"2024-08-30T18:15:33","slug":"8-traces-et-repetition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/2024\/08\/30\/8-traces-et-repetition\/","title":{"rendered":"8- Traces et r\u00e9p\u00e9tition"},"content":{"rendered":"\n<p>&#8212;<\/p>\n\n\n\n\n<p>date: 202405051052<\/p>\n\n\n\n\n<p>&#8212;<\/p>\n\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin du dernier segment il a \u00e9t\u00e9 question du transfert en creux comme r\u00e9p\u00e9tition de ce qui n&rsquo;a pas eu lieu. L&rsquo;expression est paradoxale et pourrait sembler sugg\u00e9rer une conception quelque peu magique, ou alors ne constituer qu&rsquo;un jeu de mots s\u00e9duisant. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas du tout mon intention et je vais \u00e0 pr\u00e9sent essayer de donner une explication des plus sobres de ce que cela peut vouloir dire.<\/p>\n\n\n\n\n<p>Revenons au mod\u00e8le de la lettre 52 selon lequel la t\u00e2che de traduire ou transcrire dans un autre registre les signes de perception \u2013&nbsp;ou les traces que ces signes ont laiss\u00e9&nbsp;\u2013 \u00e9choue en partie. Cet \u00e9chec dit en fait que la traduction est ce qui n&rsquo;a pas eu lieu, ou du moins que ce n&rsquo;est pas le tout de la traduction qui a eu lieu. Rappelons que Freud appelle refoul\u00e9 ce qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 traduit. De cette conception du refoulement, il s&rsquo;ensuit que la ligne de partition entre le traduit et le non traduit s\u00e9pare aussi un registre o\u00f9 ce qui est traduit est soumis au temps, susceptible donc d&rsquo;\u00e9voluer en subissant d&rsquo;ult\u00e9rieures traductions et r\u00e9interpr\u00e9tations; ce sont les \u00e9l\u00e9ments appartenant \u00e0 ce registre qui donneront lieu, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 des transferts en plein, ces transferts n&rsquo;\u00e9tant rien d&rsquo;autre que de nouvelles traductions. Freud (1912) les appelait  \u201cnouvelles \u00e9ditions\u201d. L&rsquo;autre registre, celui du non traduit, concerne au contraire des \u00e9l\u00e9ments qui n&rsquo;\u00e9tant pas admis dans le domaine de la signification (ou si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re, de la symbolisation) n&rsquo;ont pas la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9voluer. Ils sont pour cette raison qualifi\u00e9s d&rsquo;actuels, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans dimension historique. Leur traduction n&rsquo;ayant pas eu lieu, on peut dire qu&rsquo;eux-m\u00eames n&rsquo;ont pas de lieu. Ils constituent cependant ce que Laplanche a appel\u00e9 des objets-sources de la pulsion et que je pr\u00e9f\u00e8re appeler \u201csources actuelles de la pulsion\u201d pour ne pas laisser le mot \u201cobjet\u201d pr\u00eater \u00e0 malentendu. <\/p>\n\n\n\n\n<p>C&rsquo;est de ces sources actuelles de la pulsion qu&rsquo;originent les transferts en creux, c&rsquo;est-\u00e0-dire des situations o\u00f9 le sujet en analyse est amen\u00e9, de par l&rsquo;abrasion progressive des transferts en plein, \u00e0 se confronter \u00e0 la situation originaire, \u00e0 l&rsquo;\u00e9nigme elle-m\u00eame, sans y trouver les rep\u00e8res de quelque traduction pr\u00e9alable. C&rsquo;est le refoul\u00e9 au sens strict qui s&rsquo;avance l\u00e0 o\u00f9 les transferts en plein ne r\u00e9veillaient et ne r\u00e9\u00e9ditaient que d&rsquo;anciennes traductions. L&rsquo;analysant est  convoqu\u00e9 \u00e0 un travail de traduction\/refoulement originaire et \u00e0 donner lieu ainsi \u00e0 ce qui n&rsquo;avait jamais eu de lieu psychique. <\/p>\n\n\n\n\n<p>[ Note: Comme on voit, j&rsquo;use moi-m\u00eame des m\u00e9taphores spatiales que je critiquais dans des sections pr\u00e9c\u00e9dentes. Je le fais en connaissance de cause, conscient qu&rsquo;il ne sert \u00e0 rien de vouloir \u00e9viter de parler d&rsquo;un \u00ab\u00a0beau coucher de soleil\u00a0\u00bb m\u00eame si Copernic ou Galil\u00e9e sont pass\u00e9 par l\u00e0 il y a plus de cinq si\u00e8cles.]<\/p>\n\n\n\n\n<p>\u201cQuelque chose a eu lieu qui n&rsquo;a pas de lieu\u201d \u00e9crivait J.-B. Pontalis. Une fois de plus, il n&rsquo;y a rien l\u00e0 d&rsquo;\u00e9sot\u00e9rique. Quelque chose, un \u00e9v\u00e9nement a eu lieu dont l&rsquo;appareil \u00e0 traduire, \u00e0 symboliser, \u00e0 interpr\u00e9ter, n&rsquo;a pas pu se saisir pour en faire une donn\u00e9e psychiquement utilisable. Rien de plus. N\u00e9anmoins, la psych\u00e9 qui continue d&rsquo;\u00eatre d\u00e9rang\u00e9e par la trace de cet \u00e9v\u00e9nement, aussi obscure soit-elle, finit par s&rsquo;en faire une repr\u00e9sentation minimaliste, rudimentaire, une sorte d&rsquo;intuition ou <em>d&rsquo;appr\u00e9hension<\/em>.  Avec ce dernier mot, je fais bien entendu r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce que Winnicott a th\u00e9oris\u00e9 dans son texte d\u00e9sormais canonique: \u201cLa crainte de l&rsquo;effondrement\u201d, o\u00f9 le patient appr\u00e9hende un effondrement qui, dit Winnicott, a d\u00e9j\u00e0 eu lieu mais n&rsquo;a pas pu \u00eatre enregistr\u00e9.Une conception du refoulement selon le mod\u00e8le traductif de la lettre 52 nous permet de concilier et de ramener dans un champ \u00e9clair\u00e9 des conceptions comme celle-l\u00e0, qui pourraient autrement sembler obscures, voire indicibles. <\/p>\n\n\n\n\n<p>On aura not\u00e9 que du c\u00f4t\u00e9 du refoul\u00e9 nous avons \u00e9voqu\u00e9 la notion de <em>trace<\/em>. Celle-ci dit bien ce qu&rsquo;il en est, puisque comme toute trace elle est \u00e0 la fois quelque chose de rep\u00e9rable, mais qui demeure n\u00e9anmoins minimale, \u00e0 peine un indice. Une trace ne dit pas toujours de quoi elle est la trace. Winnicott lui a donn\u00e9 le nom d&rsquo;effondrement, vu que le sujet appr\u00e9hende avec angoisse une telle chose dans le futur. La question que soul\u00e8ve cette appellation est de savoir s&rsquo;il faut ou non entendre \u201ceffondrement\u201d au sens de la clinique psychopathologique, selon laquelle l&rsquo;individu s&rsquo;est effectivement effondr\u00e9, est entr\u00e9 en d\u00e9sarroi ou en d\u00e9pression, etc. Les autres notations de Winnicott dans son article militent contre cette interpr\u00e9tation, puisqu&rsquo;il nous dit que l&rsquo;effondrement en question s&rsquo;est produit \u00e0 un moment o\u00f9 il n&rsquo;y avait nulle possibilit\u00e9 de l&rsquo;enregistrer comme fait advenu. Il serait donc contradictoire de poser qu&rsquo;il s&rsquo;est agi d&rsquo;un effondrement cliniquement observable. <\/p>\n\n\n\n\n<p>Il serait plus cons\u00e9quent avec le d\u00e9veloppement du texte winnicottien de poser que l&rsquo;effondrement en question, c&rsquo;est celui du processus ou de la fonction de traduction n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;enregistrement. Quelque chose s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9 qui a fait s&rsquo;enrayer la machine \u00e0 produire du sens, mais non sans laisser une trace de cet incident, trace obscure, comme on l&rsquo;a dit, mais trace tout de m\u00eame qui incite l&rsquo;appareil \u00e0 s&rsquo;y essayer une nouvelle fois. La situation analytique lui offre pour cela des motifs n\u00e9cessaires (transfert en creux) et les conditions de s\u00e9curit\u00e9 qui lui permettent de s&rsquo;y risquer. Ce qui incite donc \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition de ce qui n&rsquo;a pas eu lieu, c&rsquo;est la trace de la rencontre avec ce quelque chose de tellement autre que non seulement sa traduction a \u00e9chou\u00e9, mais que la fonction traductive elle-m\u00eame s&rsquo;est effondr\u00e9e. Voil\u00e0 donc l&rsquo;effondrement: il est en son fonds m\u00e9tapsychologique, c&rsquo;est l&rsquo;effondrement de la fonction, \u00e9tant entendu que sur le plan ph\u00e9nom\u00e9nologique, s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 possible d&rsquo;observer le sujet, on l&rsquo;aurait vu prendre des formes et des intensit\u00e9s vari\u00e9es. Quelle forme la r\u00e9p\u00e9tition de cet effondrement pourra prendre dans le cours de l&rsquo;analyse, cela d\u00e9pendra de nombreux facteurs, mais ce qui est certain c&rsquo;est que ce sera de l&rsquo;in\u00e9dit, puisqu&rsquo;aucune forme m\u00e9morielle n&rsquo;a pu \u00eatre donn\u00e9e au temps 1 de cet apr\u00e8s-coup en train de se r\u00e9aliser, le second temps lui \u00e9tant fournit par le processus analytique.<\/p>\n\n\n\n\n<p>Revenons sur un aspect qui m\u00e9rite explicitation. Nous avons distingu\u00e9, de part et d&rsquo;autre de la barre oblique qui s\u00e9pare et lie traduction et refoulement, des \u00e9l\u00e9ments sujets \u00e0 \u00e9volution (traduits, symbolis\u00e9s) et d&rsquo;autres restant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de traces (refoul\u00e9). Nous n&rsquo;avons pas sp\u00e9cifi\u00e9 la raison de ces deux destins contrast\u00e9s. Il est clair que pour \u00e9voluer, un \u00e9l\u00e9ment doit \u00eatre entr\u00e9 dans l&rsquo;engrenage des significations, ce qui veut dire aussi de l&rsquo;usage selon l&rsquo;id\u00e9e de Wittgenstein qui dit: \u00ab\u00a0meaning is usage\u00a0\u00bb. Freud et Breuer avaient aussi compris cela d\u00e8s les <em>\u00c9tudes sur l&rsquo;hyst\u00e9rie<\/em>, quand ils posaient que les id\u00e9es conscientes sont sujettes \u00e0 l&rsquo;usure du fait de leur rencontre avec d&rsquo;autres id\u00e9es, tandis que les sch\u00e8mes inconscients, n&rsquo;\u00e9tant confront\u00e9s \u00e0 quelque contestation que ce soit restent \u00ab\u00a0frais comme au premier jour\u00a0\u00bb. De m\u00eame on peut dire que le refoul\u00c9 reste \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de trace parce qu&rsquo;il n&rsquo;offre aucune forme susceptible d&rsquo;\u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 par la logique du sens, par la pens\u00e9e critique. Mais en tant qu&rsquo;amorce ou \u201cpossibilit\u00e9 d&rsquo;amorce\u201d (<em>Ansatzm\u00f6glichkeit<\/em>, \u00e9crit Freud) ce refoul\u00e9 reste n\u00e9anmoins actif, potentiellement capable d&rsquo;imposer \u00e0 l&rsquo;appareil un nouvel effort de traduction.<\/p>\n\n\n\n\n<p>Nous pouvons ainsi d\u00e9pouiller le refoul\u00e9 et les traces de toute aura mystique : quelque chose de bien r\u00e9el est advenu mais n&rsquo;a pas, ou pas encore, trouv\u00e9 de forme capable de rendre sa trace utilisable psychiquement. Sa transformation par une lev\u00e9e de refoulement, c&rsquo;est-\u00e0-dire par une nouvelle tentative de traduction affronte n\u00e9anmoins une r\u00e9sistance dans la mesure o\u00f9 ce travail sur la trace est \u00e0 la base difficile (quel sens lui trouver ?) et d&rsquo;autre part ce travail est susceptible de r\u00e9veiller des exp\u00e9riences v\u00e9cues (<em>Erlebnis<\/em>) inchoatives mais n\u00e9anmoins p\u00e9nibles, ce qui revient selon notre logique \u00e0 r\u00e9veiller la douleur de l&rsquo;effondrement de l&rsquo;appareil.<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212; date: 202405051052 &#8212; \u00c0 la fin du dernier segment il a \u00e9t\u00e9 question du transfert en creux comme r\u00e9p\u00e9tition de ce qui n&rsquo;a pas eu lieu. L&rsquo;expression est paradoxale et pourrait sembler sugg\u00e9rer une conception quelque peu magique, ou alors ne constituer qu&rsquo;un jeu de mots s\u00e9duisant. 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