{"id":133,"date":"2024-08-30T14:18:35","date_gmt":"2024-08-30T18:18:35","guid":{"rendered":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/2024\/08\/30\/12-le-temps-suspendu\/"},"modified":"2024-08-30T14:18:35","modified_gmt":"2024-08-30T18:18:35","slug":"12-le-temps-suspendu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/notes.dscarfone.com\/index.php\/2024\/08\/30\/12-le-temps-suspendu\/","title":{"rendered":"12- Le temps suspendu"},"content":{"rendered":"\n<p>&#8212;<\/p>\n\n\n\n\n<p>date: 202405181500<\/p>\n\n\n\n\n<p>&#8212;<\/p>\n\n\n\n\n<p>La continuelle appr\u00e9hension d&rsquo;un effondrement dans les cas qui ont inspir\u00e9 \u00e0 Winnicott l&rsquo;\u00e9criture de son fameux article offre, comme nous l&rsquo;avons l&rsquo;occasion de rafra\u00eechir notre conception de l&rsquo;apr\u00e8s-coup. S&rsquo;il existe un apr\u00e8s coup possible, c&rsquo;est que la vie psychique continue. Il n&rsquo;est donc pas question d&rsquo;apr\u00e8s coup d\u00e9finitif qui figerait l&rsquo;appareil psychique dans un \u00e9tat quelconque. Ce qui est vivant \u00e9volue. Bien entendu, on peut faire valoir la force de la contrainte de r\u00e9p\u00e9tition qui  semble aller \u00e0 l&rsquo;encontre d&rsquo;un tel optimisme. Nous connaissons tous des situations de stagnation psychique et Freud a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 postuler une viscosit\u00e9 de la libido qui r\u00e9duit les possibilit\u00e9s de d\u00e9placement et favorise les fixations rebelles au changement. Notre confiance envers la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9volution du vivant doit donc \u00eatre quelque peu att\u00e9nu\u00e9e et nous retrouvons par l\u00e0 le chemin vers le concept de pulsion de mort, \u00e0 entendre comme une force de glaciation psychique. Une mort qui se dit le vif.<\/p>\n\n\n\n\n<p>La glaciation peut \u00eatre \u00e9pisodique, comme dans les \u00e9tats de d\u00e9pression r\u00e9currente avec ses lenteurs mentale et physique, avec la perte du lustre ordinaire du vivant. L&rsquo;engourdissement psychique, dans ce cas, emp\u00eache m\u00eame de formuler un d\u00e9sir de mort, d\u00e9sir qui peut \u00eatre assouvi au moment o\u00f9 le sujet commence prendre du mieux, c&rsquo;est-\u00e0-dire quand il retrouve l&rsquo;\u00e9nergie suffisante pour passer \u00e0 l&rsquo;acte suicidaire. L&rsquo;apr\u00e8s co est alors d\u00e9finitif qui cl\u00f4t en un acte fatal la s\u00e9rie des \u00e9pisodes de m\u00e9lancoliques et\/ou maniaques. Devant ce geste aux cons\u00e9quences irr\u00e9versibles, on ne peut que faire acte d&rsquo;humilit\u00e9 et admettre que nous ne sommes pas en mesure de tout contr\u00f4ler. Il m&rsquo;arrive m\u00eame de me demander s&rsquo;il ne serait pas cruel que le syst\u00e8me de soins, quand il se sent sous le regard des avocats et autres plaideurs, fasse preuve de z\u00e8le \u00e0 vouloir \u00e0 tout prix emp\u00eacher un suicide m\u00eame s&rsquo;il faut pour cela priver le sujet non seulement de sa libert\u00e9 mais aussi de sa dignit\u00e9. Non que je poss\u00e9derai moi-m\u00eame une boussole infaillible quant \u00e0 la conduite \u00e0 tenir, puisque chaque cas est unique et demande une r\u00e9flexion particuli\u00e8re, mais justement je me demande si les praticiens de la sant\u00e9 mentale ont bien le temps et le souci de mener cet art du r\u00e9flexion dans chaque cas, ou si on ne suit pas, plus ais\u00e9ment sans doute, des protocoles standard qui incitent \u00e0 une conduite uniforme. On pourrait me r\u00e9torquer que c&rsquo;est facile pour moi de dire de telles choses puisque je ne suis plus confront\u00e9 \u00e0 ce type de probl\u00e8me depuis que j&rsquo;ai cess\u00e9 toute pratique clinique. Revoici le vieux dicton qui se v\u00e9rifie encore une fois : si jeunesse savait, six vieillesse pouvait&#8230;<\/p>\n\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9 de cette r\u00e9flexion un peu glauque, je voudrais \u00e0 pr\u00e9sent pr\u00e9sent faire valoir le fait que malgr\u00e9 tout, sauf en cas d&rsquo;acte  irr\u00e9parable, un apr\u00e8s coup n&rsquo;est pas d\u00e9finitif et qu&rsquo;il doit pouvoir se produire quelque chose d&rsquo;inattendu pouvant m\u00eame ressembler \u00e0 un miracle puisque ce produisant \u00e0 l&rsquo;encontre de tout ce que le savoir clinique permettrait de pr\u00e9dire. Les ressources d&rsquo;\u00c9ros sont souvent surprenantes et c&rsquo;est seulement dans&#8230; l&rsquo;apr\u00e8s coup que nous en prenons la mesure. Nous pouvons donc avec raison mettre en doute les logiques lin\u00e9aires, celle du \u00ab gros bon sens \u00bb et oser postuler qu&rsquo;un autre coup est toujours possible qui fera mentir nos sombres pronostics, et m\u00eame, qui nous induira \u00e0 nous m\u00e9fier de tout pronostic et \u00e0 lutter contre notre tendance naturelle \u00e0 chercher \u00e0 pr\u00e9dire.<\/p>\n\n\n\n\n<p>Cela nous ram\u00e8ne \u00e0 la position centrale de la m\u00e9thode dans la d\u00e9finition de la psychanalyse. Une m\u00e9thode qui s&rsquo;\u00e9nonce simplement et qui, cependant, est des plus difficiles \u00e0 mettre en \u0153uvre, du moins de fa\u00e7on prolong\u00e9e. Se refuser de savoir, par exemple e non seulement de mettre en suspens nos th\u00e9ories, mais aussi notre savoir anecdotique sur le pass\u00e9 du patient que nous sommes en train d&rsquo;\u00e9couter, de m\u00eame que notre savoir hypoth\u00e9tique quant \u00e0 ce qu&rsquo;il peut devenir. On remarque tout de suite l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de notre m\u00e9thode analytique. Si on ne mangeait la m\u00eame chose de m\u00e9decin ou un chirurgien on le rendrait impuissant \u00e0 aider son patient. Mais si l&rsquo;analyste se conduit comme le m\u00e9decin, il ne peut alors que rendre l&rsquo;analyse impossible. Il faut certes une certaine dext\u00e9rit\u00e9 dans la conduite de l&rsquo;analyse, mais c&rsquo;est une dext\u00e9rit\u00e9 toute n\u00e9gative. L&rsquo;attention du m\u00e9decin est toute tourn\u00e9e vers la t\u00e2che de d\u00e9celer les signes et sympt\u00f4mes qui confirment ou infirment l&rsquo;hypoth\u00e8se qui se construit progressivement dans son esprit. L&rsquo;attention de l&rsquo;analyste, quant \u00e0 elle, doit au contraire n&rsquo;\u00eatre tourn\u00e9e vers rien de particulier de ce que dit son patient \u2013 \u00e0 qui il aura au pr\u00e9alable demand\u00e9 de parler de tout ce qui lui vient \u00e0 l&rsquo;esprit sans \u00e9carter ni privil\u00e9gier quoi que ce soit. L&rsquo;approche freudienne est donc aux antipodes de l&rsquo;approche m\u00e9dicale et ressemble beaucoup plus \u00e0 l&rsquo;attitude du chercheur qui explore sans pr\u00e9jug\u00e9s que du praticien qui applique un savoir constitu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n\n<p>On pourrait croire cependant que la psychanalyse finira bien un jour par par se constituer un tr\u00e9sor de connaissances et d&rsquo;exp\u00e9rience qu&rsquo;il sera possible d&rsquo;appliquer comme des recettes \u00e9prouv\u00e9es. Plusieurs manuel de th\u00e9rapie psychanalytique ont un effet \u00e9taient mis sur le march\u00e9, mais ce que l&rsquo;on peut dire c&rsquo;est qu&rsquo;ils passent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;essentiel. La psychanalyse en effet enseigne que chaque patient est unique, mais cela n&rsquo;est pas dit un point de vue seulement moral ; il y a des implications pratiques, techniques, qui comme on l&rsquo;a vu exigent que l&rsquo;analyste se refuse de savoir, sans quoi l&rsquo;unicit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience part en fum\u00e9e et on n&rsquo;obtient qu&rsquo;une th\u00e9rapie suggestive. <\/p>\n\n\n\n\n<p>Cela dit, il est tout \u00e0 fait pensable que le th\u00e9rapeute qui s&#8217;embarque dans l&rsquo;aventure analytique muni d&rsquo;un manuel puisse \u00e0 un moment donn\u00e9 \u00eatre conduit \u00e0 laisser de c\u00f4t\u00e9 le savoir-faire expert qu&rsquo;il croyait pouvoir mettre \u00e0 profit. Cela parce que l&rsquo;\u00e9volution m\u00eame du processus analytique conduit patient et analyste vers ce que j&rsquo;ai pu appeler des \u00ab quartiers aux rues sans nom \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire vers une conjoncture tout \u00e0 fait in\u00e9dite, qu&rsquo;aucun manuel ne pouvait pr\u00e9dire et qui demande une disponibilit\u00e9 nouvelle des deux participants. C&rsquo;est l\u00e0, aux limites de l&rsquo;analysables, qu&rsquo;on dirait Pontalis que ce produit l&rsquo;analyse dans ce qu&rsquo;elle a de plus sp\u00e9cifique. Ce n&rsquo;est donc pas pour rien que la premi\u00e8re d\u00e9finition que nous donne Freud de l&rsquo;analyse et celle d&rsquo;un proc\u00e9d\u00e9 d&rsquo;investigation. L&rsquo;analyste ne promet pas \u00e0 son patient qu&rsquo;il sait o\u00f9 il va, il invite \u00e0 se joindre \u00e0 la recherche et m\u00eame \u00e0 y jouer le r\u00f4le principal, lui-m\u00eame se contentant de se faire le gardien du cadre et du processus, pointant les r\u00e9sistances et soulignant les moments ou quelque chose s&rsquo;annonce le moi du patient pr\u00e9f\u00e9rerait ne pas reconna\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n\n<p>La r\u00e9sistance, faut-il rappeler, s&rsquo;av\u00e8re le meilleur guide mais il faut s&rsquo;arr\u00eater un instant sur les termes que nous utilisons comme  \u00ab recherche \u00bb et \u00ab r\u00e9sistance \u00bb parce que, une fois de plus, ils prennent un psychanalyse un sens diff\u00e9rent que dans le langage commun. Celui-ci a vite fait de sugg\u00e9rer que la recherche implique le recouvrement de quelque chose \u00e9gar\u00e9 et qu&rsquo;il faudrait pouvoir retrouver tel quel. La r\u00e9sistance, de son c\u00f4t\u00e9, semblerait sugg\u00e9r\u00e9 que le moi qui r\u00e9siste c&rsquo;est \u00e0 quoi il ne veut pas avoir acc\u00e8s acc\u00e8s. Toutes deux c&rsquo;est consid\u00e9rations sont bien sens\u00e9 dans dans l&rsquo;univers univers de la vie quotidienne, mais ne correspondent pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience analytique nous allons bient\u00f4t voir pourquoi \u00e0 nous sur les deux termes.<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212; date: 202405181500 &#8212; La continuelle appr\u00e9hension d&rsquo;un effondrement dans les cas qui ont inspir\u00e9 \u00e0 Winnicott l&rsquo;\u00e9criture de son fameux article offre, comme nous l&rsquo;avons l&rsquo;occasion de rafra\u00eechir notre conception de l&rsquo;apr\u00e8s-coup. S&rsquo;il existe un apr\u00e8s coup possible, c&rsquo;est que la vie psychique continue. 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